Comme si on te forçait à mater une finale de coupe d'Europe alors que passe la dernière merde à l'eau de rose de Hugh Grant sur une chaîne concurrente...
Retour sur un après midi sportif.
Fraîchement sorties de leur brancard, deux innocentes préparent le match de la saison. Plus asthmatiques qu'athlétiques, nos deux benjamines d'ordinaire peu compétitives, pensent faire mouche dans ce jeu décisif de premier samedi des soldes d'été.
L'Equipe tient déjà sa Une : "La descente aux enfers".
Elles avaient pourtant tout fait comme Zidane. Chaussette gauche. Toujours. Et une gorgée d'eau plate dans la foulée. Tout pareil... Macache!
Arrivées sur le terrain, nos deux amateurs mesurent l'ampleur de l'enjeu.
La pelouse grouille d'acheteuses professionnelles, licences et certificats médicaux à l'appui. L'affrontement s'annonce serré. Au moins autant que la file d'attente aux caisses enregistreuses.
Pendant que l'une rajuste son short et que l'autre bougonne que ses crampons lui font des cloques, les tenantes du titre ouvrent le score : c'est avec frénésie qu'elles enchaînent les petits ponts de cintres et multiples jeux de jambes en cabine d'essayage. Thierry Roland peine à suivre ces enfants terribles du ballon rond, muées par la crainte de descendre en deuxième division.
Même la pluie n'entame pas leur mental. Ces disciples d'Olive et Tom sont toujours en forme, sont super entraînées et... sont venues pour gagner.
Pas de match amical : pendant les soldes, ça joue pour de vrai.
Enthousiastes, les deux équipières trouvent la ressource de tenter une percée dans le mur adverse. L'une d'elle chope une robe soldée 70% sur un présentoir qui se trouvait sur sa trajectoire. Fière de son geste tactique, elle la passe à sa partenaire, avant de s'apercevoir dépitée, que ce tissu d'apparence en soie moirée n'est qu'un vulgaire polyamide couleur caca d'oie taille 56.
Elles sont menées au score pendant toute la première mi-temps. Les spécialistes ne donnent pas cher de leur maillot. Le ballon d'or s'éloigne. Le ballon tout court aussi.
Le coup de sifflet de reprise est l'occasion pour le club en difficulté de profiter de l'inattention de l'arbitre pour dégoter, à la main, un chemisier. Le carton rouge n'est pas sorti. Les petites joueuses en profitent pour monter vers la cage. A quelques encablures seulement des poteaux, cartes bancaires et coupons fidélité déjà sortis, les ingénues croient encore à la mouche qui pète. Si proches du but, elles se figurent qu'elles vont, en une seule action, finir la saison en beauté.
C'est sans compter sur la ténacité de leurs concurrentes qui, se sentant menacées, tentent le tout pour le tout. Il n'y aura pas de prolongations.
Le chemisier susnommé est intercepté dans la zone de réparation, suite à un coup de talon aiguille dans les tempes, en principe disqualifiant. Pourtant, l'arbitre corrompu ne relève ni corner, ni penalty, et signifie la fin du match.
Les piranhas reçoivent leur trophée. Les crevettes endurent leur branlée. La négociation d'un transfert semble compromise, à moins qu'elles ne se refassent au prochain championnat.
Verdict aux soldes d'hiver.

